Presse

2018

15 Octobre

LaFerm Coco, une belle illustration de l’agroécologie

Stéphane Rouillard le sait: sa ferme ne changera rien… On continuera encore longtemps à cultiver la terre mauricienne à grands coups d’engrais, de pesticides et d’autres intrants chimiques. Mais il est heureux de vivre en cohérence avec ses convictions. Et puis, il garde, chevillé au corps, l’espoir de servir d’exemple à de nouveaux agriculteurs, plus respectueux des cycles naturels.

Au-dessus de Bambou-Virieux, dans le Sud-Est de l’île, un panneau discret désigne un chemin caillouteux qui monte doucement à flanc de montagne, sur un bon kilomètre, pour accéder à LaFerm Coco. C’est là que Stéphane Rouillard s’est lancé dans une aventure passionnante: cultiver la terre et élever des animaux, selon les méthodes les plus respectueuses de la nature. «Après la seconde guerre mondiale, explique-t-il, pour nourrir une population en croissance rapide, dans des pays souvent détruits, on a mis en place une agriculture industrielle. Et cela d’autant plus facilement que l’industrie chimique, qui avait progressé pendant le conflit, avait besoin de nouveaux débouchés. Elle a donc produit une grande variété de substances pour accroître les rendements à l’hectare…» Plus de soixante-dix ans plus tard, le bilan de cette «révolution» agroindustrielle est connu : appauvrissement des sols, réduction dramatique de la diversité des espèces cultivées, destruction de la biodiversité… pour produire des aliments de plus en plus nocifs !

«J’étais sensible à cette situation, se souvient Stéphane. Sans être vraiment écologiste, j’aimais vivre dehors, être en contact avec la nature, mais je n’étais pas engagé. Le déclic viendra d’un documentaire consacré au philisophe-agriculteur Pierre Rabhi. J’ai été profondément troublé par la sagesse et l’évidence de ses déclarations. Cela m’a bouleversé. Je me suis procuré ses livres… et je suis même allé le rencontrer en Ardèche, en France.»

Mais Stéphane ne veut pas être seulement un «fan» de Pierre Rabhi. Il veut mettre sa vie en cohérence avec les préceptes de son mentor… C’est ainsi qu’il va créer cette ferme «agroécologique».



Tout le monde peut cultiver des légumes sains

Les animaux (poules, canards, moutons, cabris) sont laissés libres d’aller où bon leur semble. Leur croissance n’est aucunement forcée pour atteindre un objectif de rentabilité… «J’avais pensé faire du fromage avec le lait des chèvres et des brebis, se souvient S. Rouillard, mais quand j’ai réalisé que cela impliquait d’empêcher les chevreaux et les agneaux de téter leurs mères, afin de garder le lait pour la fabrication du fromage, j’ai compris que ce n’était pas le type de ferme que je voulais…» Les légumes sont aussi cultivés le plus naturellement possible. C’est-à-dire que les sols ne sont pas «enrichis» ni traités. «La nature a toujours fait le travail que l’on a confié à la chimie», expose ce fermier d’un nouveau genre. Il suffit de planter des plantes ayant des besoins différents et d’effectuer une rotation régulière des cultures pour ne pas épuiser les sols. Loin d’être systématiquement arrachés, les arbres créent un microclimat favorable et les millions d’organismes vivants qui prolifèrent dans la terre ne sont pas des ennemis: ils permettent la décomposition des matières organiques et enrichissent la terre. Soucieux de faire connaître sa démarche et de partager ses expériences, Stéphane Rouillard accueille volontiers les visiteurs. «Tout le monde ne peut pas devenir fermier. Mais on peut tous, dans son jardin, sur son balcon ou sur la dalle en béton de la maison, cultiver des légumes sains.» Deux fois par semaine, et sur réservation, LaFerm Coco propose même une table d’hôte, bien évidemment alimentée par les produits de la ferme. Lors de notre visite, une jeune française, Mélanie, et son compagnon allemand, Félix, très engagés en Europe, venaient d’ailleurs voir comment on pouvait traduire, en zone tropicale, les principes d’une agriculture enfin respectueuse des grands équilibres biologiques…

Pierre Rabhi

Philosophe, poète, agriculteur et fermier français, d’origine algérienne, Pierre Rabhi a, aujourd’hui une très large audience. Sa démarche, qui prône le retour à une « agroécologie » (une agriculture écologique), fait aussi la promotion de la «sobriété heureuse», c’est-à-dire du refus de la consommation de biens superflus.

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